Pourquoi vous parler d’utiliser Facebook suite à un décès ? Cette année, le 5 mars, alors que j’étais en train de fêter les 30 ans d’une amie, j’ai appris le décès d’Anne-Sophie. Une autre amie qui elle, venait de nous quitter brutalement. C’est notamment cet événement qui est à l’origine de la création de ce blog.

Ses amis les plus proches ont utilisé Facebook d’une manière profondément humaine et délicate. Cette mobilisation m’a beaucoup marquée, et m’a inspirée pour la rédaction de cet article. Avec cette expérience, je me suis rendu compte du rôle important que pouvait jouer Internet dans les moments douloureux qui suivent la perte d’un proche. En particulier les réseaux sociaux, et plus précisément Facebook. Et j’en ai cherché une confirmation auprès d’auteurs académiques spécialisés sur cette thématique.

Facebook pour se regrouper dans un moment difficile

Dans l’histoire que j’ai introduit en début d’article, Audrey et Mathilde ont créé un groupe Facebook dans lequel elles ont invité l’entourage d’Anne-Sophie à se réunir : informations sur l’organisation des obsèques, envoi de messages pour s’assurer que tous ceux qui la connaissaient avaient été informés, partage de photos, coordination pour écrire les mots d’hommage qui seraient lus lors de la cérémonie d’obsèques… Pendant la semaine qui a suivi le décès d’Anne-Sophie, ce groupe virtuel a été le principal point de rassemblement de personnes géographiquement éloignées.

Ce groupe privé a été une première étape « matérielle » de la prise de conscience de ce qui s’était passé : nous venions de perdre notre amie. Nous l’avions entendu. La création du groupe, puis les obsèques ont rendu la chose réelle.

Notre amie avait un très large réseau et pour beaucoup, qu’ils aient été actifs ou simples visiteurs, ce groupe a permis à chaque personne qui la connaissait de ne pas se sentir isolé dans cette phase de prise de conscience et sortir d’un certain « déni ».

 

Utiliser Facebook pour s’exprimer et recevoir du soutien

Dans d’autres cas dont j’ai été témoin, j’ai vu Facebook être utilisé : soit pour faire savoir la perte elle-même, soit pour exprimer à son réseau le sentiment éprouvé suite à cette perte.

L’annonce de décès sur Facebook a vu son nombre augmenter avec les années. Celle-ci peut être faite de manière directe « J’ai perdu ma grand-mère »… Mais aussi de manière indirecte « Merci à tous pour vos messages de soutien en cette période éprouvante » : ce message va éveiller la curiosité des personnes qui ne sont pas au courant, qui vont poser des questions, et donc si elles se sentent légitimes à le faire, réagir en soutien lors de l’apprentissage de la nouvelle.

Au-delà de l’annonce elle-même, le fait de partager son sentiment sur un réseau social a plusieurs bénéfices :

  • Celui de se libérer d’un poids en dévoilant aux autres une part de son intimité ;
  • Celui de laisser à ses amis Facebook le choix de réagir à l’annonce ou non, un peu comme on jetterait une bouteille à la mer – sauf que dans ce cas la « mer » est formée de personnes connues, et que l’on espère bienveillantes.

 

 

Facebook pour accompagner le souvenir, regarder les images, relire les messages échangés

Pour ce qui est du registre émotionnel, Facebook peut tenir une place non négligeable, et cela dès les premiers jours qui suivent le décès. Marion, suite au décès de sa meilleure amie s’est confiée à moi. Elle raconte :

« Pendant les jours et semaines qui ont suivi sa disparition, je me sentie comme obsédée par son profil Facebook. J’y allais plusieurs fois par jour. J’avais besoin de regarder les mêmes photos encore et encore, alors même que cela me faisait mal. Le fait de voir les photos intensifiait la dureté de l’absence. A un moment, j’ai hésité à la supprimer de ma liste d’amis… Cela aurait été l’unique moyen de me forcer à ne pas y aller. Mais je n’ai pas sauté le pas car je savais que cet acte serait irrémédiable. »

Les quelques témoignages rassemblés m’ont convaincue que continuer d’entretenir via Facebook une interaction forte avec un ami (au sens Facebook du terme) n’est pas une négation de la disparation de la personne. En regardant les photos, on ne nie pas du tout la disparition de l’autre. Au contraire, on accentue l’absence et le sentiment de manque. Cette étape pourrait apparaître comme préalable à l’acceptation.

Garder un lien virtuel avec la personne serait non pas une manière de la maintenir en vie mais plutôt d’accompagner le souvenir. Marion m’en a fait prendre conscience avec ces mots simples :

« Au début je regardais les photos pour prendre conscience qu’il n’y aurait plus de nouvelles photos… Ces photos me démontraient chaque jour que mon amie n’était plus là, qu’elle me manquait. Imaginer son absence pour le reste de ma vie était insupportable.

Maintenant, quand je regarde ces photos, je me dis : j’ai eu de la chance de vivre ces moments. C’était génial de te connaitre et ces photos sont de superbes souvenirs de moments que je ne souhaite pas oublier. »

Facebook pour garder un lien au présent

Au cours de son étude Adolescence, mort et numérique, le sociologue Martin Julier-Costes décrit notamment comment des jeunes mais aussi d’autres classes d’âge peuvent continuer à écrire à la personne défunte. Beaucoup envoient des SMS et des messages vocaux sur la messagerie du mort jusqu’à l’annulation de la ligne téléphonique. Ils adressent leurs messages au présent, comme si la personne pouvait les voir et entendre leurs messages.

Avec de grandes limites liées au fonctionnement même de Facebook

Je viens de présenter les bénéfices possibles de l’utilisation de Facebook dans l’expérience du deuil. Cela peut néanmoins choquer. Ce réseau reste considéré par beaucoup comme inapproprié pour faire des annonces si graves et tristes. Parmi les nombreuses limites de l’usage du réseau dans le cadre d’un décès, voici les deux qui m’ont été le plus souvent citées :

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Le fil d’actualité

Facebook sert surtout d’autres choses qu’à « ça » (comprendre : rendre hommage au défunt).

« Voir dans mon fil d’actualité que quelqu’un a écrit sur le mur de notre ami défunt, et recevoir des notifications du groupe calées entre celle m’invitant à jouer à Candy Crush et celle de l’anniversaire de Frédéric, ça me gêne. » explique Romain.

« Chacun vit la chose à son rythme, peut vouloir se recueillir pour notre ami quand il le souhaite. Cependant tout le monde n’a pas à être au courant, cela relève de l’intime. »

Les notifications

Les notifications pour l’anniversaire de la personne, celles pour fêter vos 5 ans d’amitié sur Facebook…. La psychologue Vanessa Lalo explique que celles-ci pourraient compliquer le deuil. Le fait d’alimenter le mur Facebook d’une personne décédée est selon elle à la fois inquiétant et étrange. Ce serait comme maintenir la personne en vie artificiellement.

Les données personnelles

Quelle confiance accorde-t-on à un géant comme Facebook ? Que fait Facebook de toutes nos informations et données personnelles ? Celles qui avaient été renseignées par le défunt ? Ou encore celles que ses amis produisent sur lui après sa disparition, sans son consentement ?

Note sur l’auteure : entre cet événement personnel et 2018, Pauline a créé Une Rose Blanche. Elle propose aux personnes endeuillées de réaliser un livre physique de manière collaborative. Ce livre rassemble des témoignages sur le défunt et aide les proches dans leur travail de mémoire, accompagnant ainsi le deuil.

Sur la fermeture du compte Facebook d’un proche décédé, avant de prendre une décision, voici 4 questions à se poser avant de prendre une décision.

Photo de l’article : Providence Doucet