« Un bel enterrement », je reprends ce titre utilisé par le romancier Marc Dugain. Cet article est paru dans Les Echos le 19/01/2018.

Si je le reprends, c’est qu’à la lecture du témoignage, j’ai vu des similitudes avec un moment de mon passé. Il m’a rappelé l’enterrement d’une amie en mars 2017. La cérémonie, personnalisée et préparée par les proches, était tout simplement très belle. Il y avait une présence chaleureuse avec toutes les personnes qui la connaissaient. De plus, les échanges m’ont profondément réconforté.

Comment quelque chose de si pénible que la perte d’une personne peut-il être apaisé par une belle cérémonie ? Le jour des obsèques est un moment clef du processus de deuil. Il permet entre autres 5 bénéfices concrets qui ont un réel impact psychologique.

1. Partager des souvenirs durant les funérailles

Au début de son article, Marc Dugain raconte la rencontre avec son amie, l’évolution de leur relation mais aussi l’arrivée de la maladie.

Ce processus de reconstitution de l’histoire est une manière pour chacun de prendre acte de ce qui est passé. On choisit d’ancrer dans sa mémoire des moments importants partagés avec l’autre. Ce sont ces souvenirs qui, avec le temps, se transformeront en douce nostalgie. Lorsqu’on apprend le décès, il est encouragé de se remémorer des souvenirs pendant les jours qui suivent.

2. Se rassembler lors de l’enterrement

Marc Dugain raconte ensuite : « l’église pleine d’amis venus célébrer sa mémoire et son courage pendant de longues années de lutte titanesque contre la maladie ».

De la même manière, lors de l’enterrement de mon amie j’ai été touché de voir certains amis d’Anne-Sophie. Effectivement, quelques uns d’entre eux venaient de loin. Certains provenaient d’Angleterre, d’autres de Dubaï… Nous nous sommes tous réunis pour lui rendre un dernier hommage dans son village natal de Bretagne. Cela m’a semblé être d’une grande beauté, un geste d’amour fort et sincère. Ce rassemblement, cet esprit de communion a été jusqu’à l’Afrique du Sud (pays où elle avait vécu), où une cérémonie a également été prononcée en sa mémoire.

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3. Redéfinir celui ou celle qui n’est plus

Luce Des Aulniers, anthropologue canadienne, explique que lors de funérailles on réalise que « le défunt n’appartenait pas seulement à une famille ». Le jour de l’enterrement, un nombre important de personnes qui ne se connaissent pas forcément se croisent. « Il y a la famille, le groupe du bureau, celui du club de quilles, le cercle d’amis, etc. Cette cérémonie permet à la famille de rencontrer tous les proches du défunt. C’est alors qu’ils réalisent que le défunt avait de l’importance, bien au-delà de ce qu’ils pensaient. » .

Pour débuter le deuil, parler et entendre parler du défunt aide à consoler les proches. Ils prennent conscience qu’ils ne sont pas les seuls à subir une perte. Les témoignages des autres les aident également.

Le service Une Rose Blanche recherche lui aussi cet objectif : refaire le puzzle de la personne de manière collective, dans les jours et les semaines qui suivent sa disparition.

4. Réaliser qu’on partage un lien avec le défunt après la cérémonie de l’enterrement

Après la mise en terre (ou la dispersion des cendres), se retrouver avec des personnes variées qui ont des personnalités, des profils et des liens au défunt complètement différent parait pour certains insolite. Et pourtant cette large réunion de personnes qui ne se voient parfois que rarement est clef.

Lors d’un sondage réalisé en novembre par Une Rose Blanche, la collation ou « moment d’amitié » a été caractérisée par les répondants en des termes positifs. Je ne note ici que quelques-unes des nombreuses citations recueillies : « Reprendre contact avec certaines personnes », « Se retrouver de façon plus joyeuse et légère », « Échanger avec les amis du défunt », « Accueillir les gens venus de loin », « Se réconforter, rire, partager des souvenirs du défunt », « Sortir du protocole de la cérémonie », « Sécher ses larmes », « Échanger sur la vie du défunt »…

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Marc Dugain, qui a eu ce même vécu, exprime avec des mots d’une grande justesse ce que j’ai moi-même ressenti : « Une sorte de bien-être inattendu qui s’est mis à fondre sur nous, comme si la force du lien qui nous liait à la défunte prévalait sur le deuil lui-même » .

5. Voir ce que l’autre nous laisse

Enfin, une dernière source de réconfort est l’observation de tout ce que le défunt laisse de lui. Dans le cas de Marc Dugain, c’est dans la descendance de son amie défunte qu’il voit une suite à l’histoire : « Je regardais sa fille unique qui a tant pris d’elle, au physique comme au caractère, et je voyais déjà sa mère persévérer en elle dans une continuité parfaite, objectif supérieur de la condition humaine. ».

Pour d’autres, des objets, des photos, des parfums, des lieux resteront à jamais associés à l’être disparu.

Peut-être encore plus lorsqu’il s’agit d’un décès attendu et préparé, comme c’est le cas dans l’histoire du romancier que j’ai cité tout au long de ce post… L’enterrement peut donc être source de joie et d’espoir, une fête en hommage au défunt. En cela, conclut-il « Il est des enterrements comme des mariages, certains sont plus beaux que d’autres ».

Photo de l’article : Becca Tapert