La Toussaint. Pour certains, c’est juste un jour férié. Pour d’autres, c’est une fête religieuse. Pour les fleuristes, c’est jusqu’à 20% du chiffre d’affaires de l’année. Pour les commerçants, associé à Halloween, cela peut être l’occasion d’avoir un événement qui vient mettre un peu de teintes orangées dans les vitrines. Enfin pour beaucoup, c’est un jour comme les autres.

 

La Toussaint. Pour moi ça a longtemps été l’occasion de faire une grasse matinée au chaud avant d’entrer dans les longs mois d’hiver… Pour mes parents, c’était l’occasion de recevoir mon oncle et ma tante autour d’un repas suivi d’une balade jusqu’au cimetière où reposaient leurs parents, mes grand-parents. Bien sûr, pendant mon adolescence, mes frères et moi les accompagnions pour déposer des chrysanthèmes sur la tombe mais sans vraiment en comprendre le sens. « Pourquoi en ce jour-là particulièrement, faisait-on cette action commune, alors que pendant les autres jours de l’année, j’avais le sentiment que chacun gardait sa peine pour lui ? C’est tout le temps que mes grand-parents me manquaient, pas juste ce jour-là ».

 

Un jour pour parler et rendre hommage à ceux qui nous manquent

Le thème de la mort est délicat, complexe et entouré de tabous, mais il n’en est pas pour autant moins présent. Tout le monde y pense à un moment mais il est difficile d’en parler.

Dans les mois qui suivent le décès d’un être cher, les proches évoquent le sujet fréquemment. Puis au fil des ans, ils osent de moins en moins parler de celui dont l’évocation peut parfois mettre leur entourage mal à l’aise.

La Toussaint est pour beaucoup, et encore plus dans le cas d’un décès récent, l’occasion d’accepter de faire place à ce sujet, souvent avec pudeur mais sans peur. Se réunir, échanger au cours d’un repas, se souvenir, ensemble ou chacun pour soi mais à côté de quelqu’un d’autre. Si ce n’est pas un passage obligé, la Toussaint offre cet espace de commémoration. Chacun est invité à penser à l’être disparu et à se souvenir du lien particulier qui l’unissait au défunt.

 

Une tradition qui trouve ses racines dans la religion chrétienne

La Toussaint est avant tout une fête religieuse puisqu’elle est célébrée par les catholiques, les orthodoxes, les anglicans et certaines églises luthériennes. A l’origine, c’est l’Église qui célèbre les saints, connus ou inconnus, témoins du Christ de son vivant ou d’autres hommes qui ont vécu une « vie sainte ». La pratique de se réunir en mémoire des morts et fêter les défunts s’est répandue lentement en Europe pendant le XIXe siècle.

Des traditions différentes existent selon les pays. On cite souvent le Mexique qui place cette journée sous le signe de la joie et où la Toussaint est une occasion de se retrouver pour chanter et manger en famille sur les tombes !

Dans le culte musulman, qui ne considère pas les tombes comme des lieux de recueillement, le jour de la Toussaint n’est pas célébré et ne connait pas réellement d’équivalent. Dans l’islam, la mort n’est pas une fin pour le fidèle, mais plutôt un passage d’un monde à l’autre. Si cela n’empêche évidemment pas d’éprouver du chagrin à la disparition d’êtres chers, c’est plutôt dans l’intimité que l’hommage sera rendu que dans les cimetières.

 

En France, un jour dédié au souvenir des défunts

Quelque soient les rites et formes que prennent cette fête, le 1er novembre* étant férié pour tous, la « fête des morts » véhicule dans la sphère laïque l’idée que les morts, s’ils n’existent plus physiquement, n’ont pas complètement disparu, puisque nous pensons à eux.

Cela se traduit par des rituels encore bien ancrés :

  • Se rendre au cimetière, nettoyer la tombe du proche disparu ou y faire livrer des fleurs
  • Appeler ses proches, qui sont « sur place », de plus en plus fréquent dans le cas de familles éloignées géographiquement
  • Rester en famille, partager un bon repas ensemble

Ou tout simplement avoir une petite pensée pour les personnes qui nous ont quitté. Que l’on veuille garder cette pensée pour soi ou qu’on veuille la partager.

*Note pour les puristes : 1er novembre = fête de tous les saints, 2 novembre = fête des défunts

 

Une fête commune qui n’empêche pas d’avoir un ressenti très personnel

« Dans une famille, on a beau avoir vécu les mêmes choses, on n’a pas les mêmes souvenirs. » Marie Darrieussecq, Extrait d’une interview dans L’Humanité le 13 septembre 2001

Comment se souvient-on de ceux que nous avons aimé ? Chacun en garde des images, paroles, photos, peut-être même des objets qui nous rappellent les précieux moments partagés, mais qui nous sont propres.

De la même manière que ce qui nous reste en mémoire nous appartient, la manière de vivre cette journée peut rester guidée par nos sentiments profonds.

 

Photo de l’article : Cristina Gottardi