Parler avec ses parents de leur mort à venir

A 36 ans, Lindsey Robertson perd sa mère atteinte d’un cancer. Travaillant à New-York et vivant à 100 à l’heure, elle témoigne dans ses articles de la manière dont elle a vécu le décès de sa mère. Au cours de cet été, nous avons décidé de vous partager une série d’articles qu’elle a rédigé il y a quelques mois pour la célèbre plateforme de blogging, Medium. Vous pourrez les lire en version originale américaine ici. Découvrez ici le premier article de cette série de six, intitulé en version originale “Your parents are fine. But read this asap.”

Vos parents vont bien. Lisez quand même cet article.

Voici les raisons pour lesquelles une conversation désagréable à propos de leur mort vous sera bénéfique. 

Par un beau jour de printemps, il y a quelques années,, je me suis fait une réflexion – que j’aurais certainement dû avoir bien avant, et qui ne cessait de revenir, le plus souvent quand je m’endormais : Tout ne va pas forcément bien se passer. Il est certain qu’un jour, mes parents mourront. Je me suis même retrouvée à me répéter une phrase pour me sentir mieux : “Quand le temps sera venu, tu sauras comment y faire face.” J’étais comme une femme qui porte son premier enfant et qui se conforte en pensant que son corps va instinctivement savoir s’adapter à la grossesse. Cette pensée rassurante s’est révélée être à la fois vraie comme complètement erronée, mais il faut avouer qu’elle s’est d’abord révélée être fausse. 

Je n’ai jamais pensé que le précipice serait si près. Ma mère est pourtant décédée d’un cancer, à l’âge de 61 ans, seulement trois ans après ce jour de printemps.

Il y a des choses que j’aurais voulu avoir fait avant sa mort, pendant ces jours de réflexion intense, j’aurais aimé avoir ces conversations avec ma mère quand elle était encore en bonne santé. J’aurais eu du mal à dire ces choses, mais il aurait été préférable que je les dise avant son diagnostic, quand le simple fait de se dire qu’elle pouvait partir à tout moment nous faisait fondre en larmes toutes les deux. Après réflexion donc, il m’apparait plus simple d’avoir cette discussion avec un parent malade est bien plus difficile qu’avec un parent en bonne santé. Qui l’eut cru ? 

Toute personne qui vit le décès d’un parent le vit trop jeune.

J’avais 36 ans quand j’ai tenu la main de ma mère alors qu’elle rendait son dernier souffle. Mais je me suis sentie comme une “jeune femme de 36 ans”, mature, alors que mon plus jeune frère avait seulement 20 ans. On est tous trop jeune, trop brusques, trop effrayés, trop “inachevés”, trop vulnérables pour perdre un parent, quel que soit notre âge, surtout quand il s’agit de la personne dont nous sommes la plus proche. 

Perdre un parent peut nous faire grandir tellement vite, surtout quand vous êtes celui ou celle qui doit s’occuper de tout (et vous pourrez être surpris(e) de vous retrouver à l’endosser, même si vous êtes encore très jeune). La mort de ma mère a été, à bien des égards, le creuset qui a façonné l’adulte que je suis devenue. De mon quotidien où j’allais boire des margaritas avec mes amies en me baladant dans le Lower East Side les vendredis soirs, je me suis retrouvée à devoir signer les papiers pour enlever l’assistance respiratoire qui maintenait en vie ma propre mère, la grand-mère de mes enfants, l’amie de tant de personnes autour d’elle, la femme de mon père, infirmière et assistante sociale. Parce que parfois, malheureusement, c’est comme ça que les choses se font : votre vie bascule du jour au lendemain, en l’espace d’un instant. 

Cela vous semble très cliché ? Oui, ça l’est. Un jour, votre vie va changer en un claquement de doigts, peut-être de la même façon que ce que je l’ai vécu.

Lindsay Robertson

J’écris aujourd’hui cet article pour ne pas que vous ayez les mêmes surprises -et regrets- que ma famille et moi  avons eus. Pour qu’ainsi, contrairement à nous, vous ayez une petite idée de quoi faire. Je ne vais pas parler de deuil, le deuil est toujours présent. Vous allez être triste, mais vous pourrez surmonter ce chagrin. Cet article vous explique comment y faire face de manière pratique.

[Note à nos lecteurs] La suite de cet article correspond au cadre américain dont Lindsay a pu bénéficier. Certains éléments de ce partage d’expérience de sont pas directement transposables en France, en Belgique et en Suisse, où vous êtes également nombreux à nous lire.

Si vos parents ont écrit leurs dernières volontés, c’est un cadeau qu’ils vous ont fait

“Je me sens chanceuse d’avoir eu une mère qui a pensé au côté logistique, pratique” explique Bennett Madison, auteur, 36 ans, dont la mère a été tuée par un cycliste à Washington l’année dernière, à l’âge de 65 ans, alors qu’elle rentrait du travail. “Elle était journaliste dans la finance et écrivait souvent à propos de la Retraite et de la Prévoyance. Elle avait donc déjà pensé à tout ça. Le fait qu’elle ait déjà tout planifié soigneusement a rendu les choses bien plus simples pour tout le monde. Nous n’avons pas eu à nous demander quoi faire, et il n’y avait aucune raison de se battre pour tel ou tel choix”. J’étais à Washington pour une conférence un mois avant qu’elle ne décède et je l’ai vue seulement quelques heures, mais nous avons tous les deux bu un peu trop et avons eu une discussion intense, ce qui, après coup, m’a semblé être une oeuvre du destin. C’était comme si nous avions pu boucler la boucle”. 

Nous devrions tous avoir des parents qui planifient ces choses-là aussi soigneusement que la mère de Madison, mais beaucoup d’entre nous vont devoir être proactifs pour connaître les souhaits de nos parents, même si cela implique cette conversation un peu inconfortable. 

“Mon père aimait tout planifier, et je lui faisais entièrement confiance là dessus. Son plan s’est avéré être plutôt vague. J’en suis donc arrivée à la conclusion qu’il ne savait pas non plus ce qu’il voulait. Il m’a donc laissée la responsabilité de m’occuper de tout, sans m’avoir habilitée à le faire”.

A.G., Professeure, qui a perdu son père à l’âge de 34 ans. 

[Note à nos lecteurs] : Les modalités légales et successorales américaines sont très différentes du système français. Nous avons donc supprimé ce paragraphe de l’article de Lindsay. Pour préparer vos dernières volontés, contactez au choix : une entreprise de pompes funèbres qui pourra vous proposer un contrat obsèques, une banque qui propose ce type de prestations, ou encore un notaire si vous souhaitez préparer un Testament. Note : le site Testamento propose plein de bons conseils à ce sujet.

Comment initier cette conversation impossible sur la mort ?

Penser à sa mort et en parler avec vos parents peut être inconfortable et malvenu, mais surtout parce que seulement quelques personnes l’ont fait, le font, ou ont appris comment le faire. En réalité, c’est l’une des conversations les plus saines et aimantes que vous aurez certainement avec vos parents. 

Vous êtes peut-être en train de vous dire “Mais mon père/ma mère va se taire si j’essaie d’aborder ce sujet”. Vous n’êtes pas seul à penser ça. C’est pourquoi vous avez besoin d’une manière d’initier la conversation. 

“Posez leur des questions sur leurs vies, et demandez leur des conseils. Je me suis souvenue de tout ce que ma mère m’avait dit avant sa mort. Elle m’avait notamment dit de toujours utiliser de la crème Nivea pour les mains, et c’est quelque chose que j’ai toujours gardé en mémoire, parce qu’elle me l’a dit quand elle était à l’hôpital avant de mourir. C’est vraiment idiot, mais j’utilise encore aujourd’hui de la crème Nivea parce que c’est l’un des seuls conseils dont je me souviens”. 

Jen C, directrice éditoriale, a perdu sa mère à 24 ans. 

Ruth Linden, PhD, fondatrice et présidente de Tree of Life Health Advocates à San Francisco, qui travaille dans le domaine de la santé en fin de vie depuis trois décennies, appelle l’évitement de cette conversation « l’une des tendances les plus destructrices de notre culture  » et donne quelques conseils pour entamer la conversation.

« Relâchez la pression en reconnaissant que parler de la mort est un processus, pas un événement. Choisissez un moment et un endroit où vous et vos parents serez détendus et à l’aise. Vous pouvez prendre tout le temps dont vous avez besoin et continuer la conversation pendant des semaines ou des mois, si nécessaire.

D’autres tactiques incluent :

  • Mentionnez quelqu’un que vous connaissez et dont le parent est décédé subitement sans avoir fait part de ses souhaits et du lourd fardeau qui a été imposé à l’enfant ou aux enfants.
  • Faites les réfléchir sur le cas où des membres d’une famille ne seraient pas d’accord pour maintenir un membre de leur famille en vie. Cette situation peut apparaître comme les prémices d’un thriller, mais cela arrive tout le temps.

« Le fait que les survivants n’aient pas réfléchi à la façon dont ils voulaient que les choses se déroulent n’est d’aucune utilité pour les défunts « , dit M. Soffer. « C’est déjà assez dur de pleurer. Tu ne veux pas avoir à faire face à tous ces inconnus en plus du chagrin. »

Cet article est le premier de la série de témoignages de Lindsay Robertson. Vous pouvez lire le suivant « Apprendre que l’un de ses parents est gravement malade » ici.