Stéphanie est thérapeute en relation d’aide : L’ANDC®, l’Approche Non-Directive Créatrice. Cette dernière a été formée au cours d’un long séjour au Québec. Elle applique cette approche en particulier pour accompagner des personnes en deuil. J’ai rencontré Stéphanie cet été et notre échange m’a passionné. C’est donc avec plaisir que je vous partage ici notre échange.

Une Rose Blanche : Quel est votre parcours ? Pourquoi vous êtes-vous spécialisée dans l’approche non-directive créatrice du deuil ?

Très jeune, je souhaitais mieux me connaître et faire un travail sur moi, une thérapie. Et c’est le livre les mots pour le dire, de Marie Cardinal qui m’a donné l’élan pour entamer une psychanalyse à Paris. Cela répondait à mon désir d’évolution et d’épanouissement personnel et surtout à un besoin profond de mieux me comprendre pour améliorer ma vie.

Avant de devenir thérapeute, j’ai travaillé plusieurs années dans le domaine corporatif international. J’accorde à chaque fois une grande place à cette passion pour les relations humaines et le développement personnel. Puis en 2011, je suis partie vivre au Canada, à Montréal. Et c’est là que je suis me formée à l’École de formation en relation d’aide par L’ANDC®, le Centre de Relation d’Aide de Montréal.

deuil-approche-non-directive-creatriceL’accompagnement du deuil est venu naturellement je dirais. D’abord par mon expérience personnelle. J’ai en effet vécu deux deuils de personnes proches pendant mes années au Canada. Le premier étant mon frère aîné, puis une de mes cousines. J’ai eu la chance de les revoir avant leur décès et de leur dire au revoir. Malheureusement je n’ai pas pu assister aux obsèques. Et cela m’a beaucoup manqué et marqué de ne pas vivre ces moments là avec mes proches et ma famille en France.

J’observe que beaucoup de personnes qui viennent en thérapie vivent ou ont vécu des pertes souffrantes d’êtres chers. Ils sont dans un processus de deuil. Et certains restent emprisonnés de différentes manières à cause d’un deuil non résolu. Certaines émotions peuvent souvent avoir été refoulées au point d’être occultées. Le deuil est la plus grande source de stress dans nos vies. C’est donc naturellement que j’ai souhaité me sentir plus outillée comme thérapeute pour accompagner mes clients.
Aujourd’hui je suis revenue vivre à Paris.

Qu’est-ce que l’approche non directive créatrice ? la thérapie en relation d’aide ?

La thérapie en relation d’aide par l’ANDC® (approche non directive créatrice) est un soutien, une aide par un spécialiste de la relation dans le cadre d’un accompagnement thérapeutique. Elle se base sur l’application de principes relationnels, vise le mieux-être et le développement de la personne par la prise de conscience et la transformation des affects. La thérapie s’inspire du concept de la non-directivité mis en lumière par le psychologue américain Carl Rogers. Cette relation d’aide par l’ANDC® se distingue de la psychothérapie en axant son intervention sur ce qui se déroule dans la relation aidé-aidant plutôt que sur l’interprétation et le traitement d’une pathologie.

Créée par Colette Portelance en 1989 au Québec, elle favorise chez la personne écoutée l’ouverture de son monde émotionnel. Cette ouverture ce va lui permettre d’agir en fonction de ses vrais besoins et d’accéder peu à peu à son rythme et à ses propres ressources. Ce type de thérapie conduit à une plus grande connaissance de soi. Elle permet plus d’acceptation de qui on est et de ce que l’on vit. C’est dans ce sens qu’elle est créatrice.

Vous avez été formée au Canada. Quelles différences culturelles voyez-vous entre nos deux pays dans la manière d’appréhender la mort / de parler du deuil ?

Je dirais tout d’abord que le sujet du deuil me paraît autant tabou qu’ici en France. Car là-bas aussi parler de la mort, du deuil, savoir quoi dire à quelqu’un qui vient de perdre un être cher n’est pas une chose facile. Le deuil et les rituels sont peu à peu sorti de la sphère sociale pour être vécu en privé. Mais j’ajouterais que j’ai pu observer une nette différence dans le rapport à l’émotion au Canada. Ainsi, s’autoriser à pleurer, à se laisser toucher par sa propre peine, à accepter son émotion même souffrante m’a semblé être considéré plus naturel et donc plus intégré qu’en France. Même si je peux voir que cela change aussi beaucoup.

Lorsqu’on traverse un deuil, il est important de se donner le droit de ressentir ses émotions. C’est effectivement un premier pas vers l’apaisement de la blessure qu’est le deuil.

Comment utilisez-vous l’approche non directive créatrice pour accompagner les personnes en deuil ?

Cette épreuve de vie est un choc, une blessure. La personne endeuillée peut avoir de la difficulté à en parler avec ses proches par peur de déranger. Elle peut alors s’isoler avec sa souffrance car elle ne se sent pas comprise.

En thérapie, j’offre un temps d’accueil et d’écoute sans jugement pour permettre à la personne touchée par le deuil, d’oser dire l’intensité de sa souffrance, de raconter et re-raconter, de prendre le temps qu’il lui faut. Chaque deuil est unique. Si l’endeuillé a besoin d’écoute, il souhaite pouvoir le faire sans qu’on lui dise quoi et comment faire, sans recevoir de conseils. Le spécialiste du deuil c’est lui finalement.
C’est avec un profond respect, toute ma sensibilité et mon cœur que j’accompagne une personne qui vit un deuil.

A titre personnel, comment gérez-vous les moments difficiles ?

Je vais prendre l’image des petits pas qui me parle beaucoup. Lorsque je traverse une difficulté, une souffrance, qu’elle soit physique ou émotionnelle, je sais que ma tendance naturelle est de souhaiter fuir cet état, fuir mon corps. Or, si je me donne le droit d’accueillir cette souffrance, la vivre et non lutter contre, j’observe que peu à peu je parviens à accepter mon état, ma difficulté, ma souffrance. Et je sens que c’est un peu plus supportable. Même la douleur physique. Je ne dis pas que c’est facile, cela se fait un pas à la fois, parfois une minute à la fois.

Vivre au Québec m’a beaucoup appris sur cette notion d’acceptation de ce qui est et sur la patience aussi. Quand il faisait moins 30 dehors (parfois avec un ressenti de moins 40 degrés) et que je marchais pendant 15 minutes pour atteindre la station de métro dans la neige et la glace, je me concentrais sur chacun de mes pas. Et finalement j’arrivais à destination. L’hiver au Canada c’est une expérience d’humilité et de patience je trouve…

Merci beaucoup pour cette entrevue et j’ai envie de vous partager cette citation de Félix Leclerc que j’aime particulièrement et qui me touche beaucoup : « C’est grand la mort, c’est plein de vie dedans ».

Pour découvrir d’autres formes d’accompagnement du deuil, découvrez notre blog, et notamment l’interview de Rachel Galerme, qui nous explique comment elle accompagne le deuil avec des techniques de sophrologie.

Photo de l’article : Aaron Burden