La période de Noël est pour beaucoup synonyme de vacances et de rassemblement en famille pour partager de longs repas. Pendant tout le mois de décembre, et parfois même avant, les rues sont décorées, les magasins changent leurs vitrines et leurs produits, les marchés de Noël ornent les grandes places, les publicités ne nous donnent aucune chance de faire passer les fêtes en arrière-plan.

 

Sans oublier les questions d’usage… Pendant ce mois de décembre, on n’entend plus parler de la pluie et du beau temps mais… « Qu’as-tu prévu pour les vacances ? », « Vous faites un bon repas pour le réveillon ? », « Si je te montrais la lettre que le petit dernier a écrite au Père Noël ».

 

Lorsque l’on vit un deuil, il est souvent difficile de s’adapter à cette ambiance si particulière des fêtes de fin d’année.

 

Pourquoi, pendant les fêtes, le deuil est-il si difficile à vivre ?

 

 

Un décalage entre l’injonction d’être heureux et la difficulté du deuil

A cette période, tout le monde doit être joyeux. On aurait même presque tendance à éviter toute personne qui n’est pas heureuse à Noël. Ne serait-ce pas un peu se voiler la face que de croire que tout le monde est heureux à Noël ?

Pour une personne en deuil, peut-être l’êtes vous vous-mêmes, les fêtes de fin d’année sont une période de vulnérabilité. Dans ces moments censés être heureux, le vide laissé par la disparition se fait ressentir de manière plus intense encore que le reste de l’année.

Un décalage peut exister entre le manque que l’on ressent et l’attitude de toute la société, pour qui Noël est synonyme de chaleur, de joie et de plaisir.

 

La première année en particulier est difficile

L’arrivée du premier Noël en particulier peut être un moment particulièrement difficile. Dans ce moment de rassemblement, le vécu de l’absence est intense. Les repères habituels ont disparu. « Nous avions l’habitude de fêter Noël dans ma belle-famille. Que va-t-il en être maintenant que mon mari n’est plus là ? ». « Ma sœur organisait un voyage au ski pour fêter la nouvelle année. Sans elle, perpétuer cette tradition perd tout son sens. » « Comment fêter la joie et le partage en l’absence de notre père, mort il y a moins de 2 mois ? »

Ces questions, l’entourage proche se les pose. Néanmoins, aborder le sujet n’est pas aisé dans toutes les familles. Réfléchir à l’organisation concrète des fêtes parait alors un bon moyen d’accompagner le deuil. La perte d’un proche impliquera souvent la réorganisation des rituels autour de cette période. Le fait de se concentrer sur des choses opérationnelles comme la logistique des fêtes peut aider à penser, au moins ponctuellement, à autre chose.

 

Quelques conseils pour tenter de mieux traverser la période des fêtes

 

J’ai consulté de nombreux forums et ai interrogé des personnes qui ont été confrontées à la perte récente d’un proche (1 an) ou plus lointaine (15 ans). J’en ai retenu 2 idées principales :

  • Il n’y a pas de règle ou de recette miracle pour bien gérer cette période de l’année
  • Il faut du temps pour que la douleur se transforme en nostalgie et que de nouveaux rituels se mettent en place

Des témoignages recueillis çà et là m’ont pourtant inspiré quelques idées, que je vous partage ici.

 

Prendre du temps pour soi

La période des fêtes, tout le mois de décembre en fait, est épuisante pour tout le monde. Elle l’est encore plus pour une personne en deuil, qui ressent une fatigue à la fois sur les plans physique, émotif et psychologique.

Garder du temps pour soi, être à l’écoute de ses émotions et se reposer est alors essentiel pour ménager ses nerfs. Ne pas y ajouter le stress du choix des cadeaux, de l’organisation de soirées etc. Faire des choses qui nous font plaisir, aussi simple soient elles : regarder un film sous son plaid, allumer une bougie, prendre un bon bain, déguster son plat préféré, lire un livre captivant, écouter ses chansons préférées, aller se balader, faire des siestes. Malgré la douleur de l’absence, prendre conscience que tout plaisir n’a pas disparu.

 

Exprimer ses émotions

L’absence est d’autant plus dure à vivre que l’on ne peut pas en parler. Identifier les amis ou parents qui comprennent que le temps des fêtes peut intensifier la dureté de la perte, et qui sont prêts à écouter sans jugement. Rechercher le soutien de personnes qui acceptent vos réactions, tant joyeuses que tristes.

Ne pas craindre de pleurer, même en présence d’autres personnes. Parler de sa douleur soulage et ne gâchera pas la fête des autres membres de sa famille. Cela leur donnera au contraire la permission d’en faire autant.

La parole et le soutien peuvent aussi se trouver en dehors du cercle amical ou familial. Des associations telles que Empreintes, vivre son deuil proposent des groupes de parole et une ligne d’écoute.

 

Partir, changer d’air

Pour passer le premier Noël en particulier, partir permet de mettre de la distance avec l’événement. Rendre visite à des amis dans une autre région. Partir en voyage. La planification, le fait de faire ses bagages etc forcent à penser à autre chose qu’au temps des fêtes qui approche. Passer ce temps dans un tout autre milieu et se consacrer à des activités en rupture avec le quotidien permet de se changer les idées.

Nathalie partage son expérience « Pour ce premier Noël sans mon mari, j’ai décidé d’emmener mes deux fils en vacances en Thaïlande. Toute la famille a été surprise. Mais apprendre la plongée, découvrir de nouvelles choses, faire de la randonnée, commencer à apprécier des moments rien que tous les trois a été pour nous très bénéfique. Fêter Noël avec mes frères et sœur sans François aurait été trop pesant ».

 

Créer des moments de partage avec d’autres

Directement ou par le biais d’une association, se mettre au service des autres rappelle que de nombreuses personnes sont, elles aussi, en situation de vulnérabilité.

Si vous connaissez des personnes seules ou malades, leur rendre visite ou les inviter à passer la journée avec vous vous remplira d’une joie plus grande que vous pouvez l’imaginer.

Par ailleurs, de plus en plus d’associations organisent des événements pendant les fêtes de Noël : aller à la rencontre des sans-abris, servir des repas aux démunis… Les Petits frères des pauvres, l’Armée du Salut, le Secours catholique, les unités locales de la Croix-Rouge sont autant d’associations qui accueillent des bénévoles ponctuellement. Un moyen de faire des rencontres très riches. Vous êtes dans une plus petite commune ? Adressez-vous à la mairie ou la paroisse la plus proche : croyant ou non, quelle que soit votre confession, vous y serez accueilli chaleureusement.

 

 

Pour aller plus loin, trouvez quelques conseils pour  mieux préparer ce jour de Noël particulier et aménager des temps pour se souvenir du défunt.

Et vous ? Avez-vous des conseils à partager pour vivre le deuil pendant les fêtes ?

 

Photo de l’article : Alisa Anton