Il y a deux ans, j’écrivais déjà sur cette date très particulière qu’est celle de l’anniversaire d’un décès. Chaque personne endeuillée est implacablement confrontée à cette douloureuse date chaque année, moi y compris. Dans mon métier, je suis confrontée au deuil chaque jour, et ce, par le biais de plein de cultures et religions différentes.

Je vais vous partager une vision différente du deuil à travers le rituel de la cérémonie du souvenir, tradition juive qui consiste à fêter l’anniversaire de décès de l’être aimé à la date hébraïque de la disparition de celui-ci. Cette cérémonie peut être appelée Jazreith, en Yidish, ou Hazkara, en Hébreu. Dans cet article, nous utiliserons le nom hébreu. 

Quelles sont les étapes du deuil dans la religion juive ? 

Le deuil est réparti en plusieurs temps régis par la Halakha, qui est la loi juive.

Une vision graduelle et par étapes du deuil

La religion juive étale le deuil dans le temps et par étapes. Chaque période correspond à des obligations particulières afin d’honorer le défunt. Les premiers temps du deuil, de la date du décès jusqu’à l’enterrement, sont réservés aux larmes et aux lamentations.

La chiv’a : les 7 premiers jours

Les 7 premiers jours du deuil sont décomptés à partir de la date de l’enterrement. Cette période, appelée Chiv’a, comporte des obligations très strictes telles que l’interdiction de travailler, de se laver, d’avoir des rapports sexuels. Ce passage du deuil est donc totalement dévoué au défunt. Pour les juifs sépharades, à la fin de chaque étape, on se rend sur la tombe du défunt afin d’y réciter kadish et psaumes.

Le Chlochim : Les 30 jours du deuil 

La période de Chlochim débute à la fin des septs jours de la chiv’a, et ce, pour vingt-trois jours. Ce qui fera donc trente jours suite à l’enterrement du défunt. Durant cette période, on retrouve 4 interdits : se couper les cheveux et la barbe, participer à des réjouissances, porter des vêtements neufs et se marier. 

Pour ceux ayant perdu leur père ou leurs mère, cette période se prolonge pendant douze mois. Et pour les autres, cette période marque la fin du deuil.

L’année, ou le onzième mois

La période de l’année est celle qui poursuit la date de l’enterrement jusqu’au onzième mois. Le seul interdit est de participer à des réjouissances. Cependant, il est possible de se marier ou d’assister à un mariage. À la fin de ce onzième mois, une cérémonie du souvenir est organisée, le deuil se prolonge encore un mois. Cette période sera plus stricte si l’on a perdu un parent.

Quel est le déroulement d’une cérémonie du souvenir ?

Le déroulement d’une cérémonie d’Hazkara

Chaque année à la date hébraïque du décès, une cérémonie d’Hazkara est faite en l’honneur du défunt.

Un office est organisé en sa mémoire. Cette cérémonie varie selon que l’on soit juif Sépharade ou Azkénaze, mais aussi selon le rapport avec le défunt.

Il est d’usage de se rendre sur la tombe du défunt le chabbat (samedi) qui précède la Hazkara. On peut fleurir la tombe de son défunt chez les Sépharades. Les Azkénases décoreront la tombe de petits cailloux blancs, signe que l’on n’oublie pas le disparu. Une commémoration à la synagogue est aussi prévue.

Un repas peut être organisé, cependant, s’il s’agit de son père ou sa mère, il est coutume de jeûner. Une ampoule ou bougie qui restera incandescente pendant 24 heures sera allumée en l’honneur du défunt. 

Annuellement, une cérémonie d’Hazkara générale est commémorée la veille de Kipour (jour saint du judaïsme) en mémoire des victimes de l’Holocauste.

Les dates étant calculées selon le calendrier hébraïque, il peut être compliqué de s’y retrouver. Si vous voulez connaître la date hébraïque d’un décès, vous pouvez la calculer gratuitement et simplement ici.

Quel est le sens de la cérémonie d’Hazkara ?

L’Hazkara dans la religion juive

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Religieusement, toutes les étapes du deuil qui constituent la première année de celui-ci ont pour but d’élever l’âme du défunt qui doit passer en jugement. Chaque année suivante, on invoque le défunt qui nous protégera par son mérite. 

Toutes ces étapes et surtout la cérémonie d’Hazkara ont aussi une dimension psychologique. Le deuil est structuré selon le temps du chagrin. On laisse une grande place à celui-ci et à la lamentation dans les premiers temps du deuil, pour le diminuer petit à petit et graduellement jusqu’à la fin de la première année.

La cérémonie d’Hazkara permet de laisser place aux sentiments de tristesse suite au décès d’un être cher. On rend honneur à nos défunts en s’en souvenant lors d’un anniversaire commémoratif. Dans la pensée judaïque, un être ne doit pas porter le deuil trop lourdement toute sa vie. Une fois par an, il peut donc ressentir et honorer son deuil pendant la Hazkara. 

Ce que l’Hazkara inspire aux personnes d’autres cultes

Chez Une Rose Blanche, nous réalisons régulièrement des livres souvenirs qui ont but d’être remis et lus durant une Hazkara… mais aussi de plus en plus à l’occasion de dates anniversaires pour des personnes athées. 

Cette vision nous touche tout particulièrement car vous aider à vous souvenir et honorer, quelles que soient les croyances et les religions, reste notre but principal. Selon nous, le deuil se vit dans un temps long et certaines traditions peuvent aider tous ceux en perte de repères.

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Sources : 

https://www.comisra.ch/wp-content/uploads/2020/03/Nouvelle-Guide-de-endeuille-8juin2017_1.pdf

https://www.torah-box.com/question/coutumes-de-deuil-le-jour-d-une-azkara_13012.html