Une Rose Blanche a décidé de réaliser un entretien avec Ariane Douguet, chanteuse et officiante de cérémonie laïque, qui accompagne les familles dans ce moment si spécial. Elle les aide à organiser un dernier au revoir à l’image du défunt.

Le premier rituel du deuil, et aussi un des plus important, c’est la cérémonie d’obsèques. Dire en dernier au revoir. Rendre hommage. Exprimer sa gratitude.

En effet, si la plupart des cérémonies en France se font encore dans un cadre religieux, certains acteurs, encore peu nombreux, proposent des alternatives pour organiser des cérémonies laïques. Il peut s’agir d’entreprises de pompes funèbres qui ont dans leurs équipes un officiant de cérémonie, ou bien celle-ci pour faire appel à des indépendants.

Comment devient-on officiante de cérémonie laïque ?

Ariane : Ancien expert-comptable diplômée, je suis devenue chanteuse lyrique soliste professionnelle. Cela m’a amenée à chanter sur des scènes nationales classiques, dans des cathédrales mais aussi à l’Olympia avec Chico et les Gypsies.

Puis, lorsque mon mari est tombé malade, j’ai fait le choix de l’accompagner et de rester à ses côtés. Je ne voulais plus partir en tournée et m’absenter longtemps. Un jour, une wedding planner m’a sollicitée pour chanter lors d’un mariage. Dès cette première célébration, ce fut une évidence. Alors j’ai développé mon concept de cérémonie lyrique tout en me formant auprès d’un organisme habilité pour célébrer des mariages.

Après le décès de mon mari, il m’est apparu comme une évidence d’accompagner les endeuillés dans la célébration de funérailles à l’image du défunt et en musique. Ensuite, je me suis formée et suis officiellement devenue maître de cérémonie funéraire.

J’officie avec ma voix parlée tout en ponctuant la cérémonie de mes chants. En collaboration avec l’entreprise de pompes funèbres, j’accompagne la famille dans la personnalisation de l’ensemble du convoi d’obsèques jusqu’à l’inhumation ou la dispersion de cendres.

Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui souhaitent organiser un enterrement laïque pour leur proche ?

Ariane : Le délai légal entre le décès et les obsèques est de 6 jours, c’est très court. L’enjeu est donc de rassembler rapidement beaucoup d’éléments. Un enterrement laïque ne se résume pas à des déplacements ou des gestes techniques : c’est tout le convoi, y compris ce qui précède et ce qui suit la cérémonie. 3 points sont particulièrement importants :

1. Le choix du lieu

Au domicile du défunt, à la chambre funéraire des pompes funèbres, au crématorium ou au cimetière.

2. Le choix de l’officiante de cérémonie

Si vous choisissez une officiante de cérémonie professionnelle, tout sera simplifié car il/elle aura la juste distance émotionnelle pour créer et célébrer un hommage authentique. Si vous vous sentez prêt à endosser ce rôle, je vous encourage vivement à le faire car vous aurez le sentiment de vivre une expérience d’Adieu signifiante et traverserez mieux l’épreuve du deuil. Toutefois, le risque est d’être submergé le jour J par les larmes, ce qui est tout à fait normal. Vous pourrez aussi vous faire aider d’un écrivain public pour rédiger le texte de l’oraison.

3. L’écriture de la trame de la cérémonie

Voici quelques pistes pour vous aider :

  • Quels proches qui vont participer (membres de la famille, enfant, amis, collègues…) et sous quelle forme (lecture, témoignage, geste symbolique…) ?
  • Rédaction d’une oraison ou hommage biographique du défunt avec les moments phares de sa vie, des anecdotes…
  • Choix de lectures de textes ou poèmes
  • Choix des musiques en affinité avec les goûts du défunt – dans la mesure du possible, privilégiez les vrais musiciens ou chanteur live
  • Temps de recueillement en silence ou en musique
  • Choix d’objets symboliques et/ou photos du défunt (cadre ou diaporama)
  • Choix de rituels ou gestes pour concrétiser le dernier Adieu avant l’inhumation ou la crémation
  • Création du livret de cérémonie

En tant qu’officiante de cérémonie, où trouvez-vous l’inspiration pour rendre hommage et faire des cérémonies un moment de sérénité ?

Ariane : Chaque cérémonie funéraire civile laïque est unique et écrite en étroite collaboration avec la famille et les proches. Ils sont ma principale source d’inspiration. Grâce à un questionnaire et nos échanges, je vais recueillir un maximum d’informations sur le disparu (les temps forts de sa vie, sa personnalité, ses valeurs, ses croyances, ses goûts, récolter des anecdotes …). Ensemble, nous créons la cérémonie personnalisée. Puis j’écris l’oraison authentique à son image. Célébrer une mort, c’est avant tout célébrer une vie et exprimer sa gratitude envers le disparu.

« Ne pleure pas parce que c’est fini. Souris parce que c’est arrivé » Dr. Seuss

En plus des mots, mes chants favorisent la beauté et la sérénité du rituel des obsèques. Parce que depuis toujours, le chant fait partie intégrante des traditions sacrées et des rites, chanter est ma façon d’apporter de la lumière, de l’amour, de la consolation et surtout d’aider à lâcher prise pour libérer les émotions.

Souvent, je fais chanter l’assemblée afin de créer une communion (Hallelujah de Leonard Cohen, Let it be, over the rainbow…). Surtout, je m’adapte toujours à la personnalité de la famille afin de créer un moment juste et authentique.

Une Rose Blanche se sert du souvenir pour aider les familles en deuil. Quelle place occupe les souvenirs dans les cérémonies que vous. organisez ?

Ariane : La place du souvenir est essentielle dans mes cérémonies : dans les témoignages de proches, les anecdotes ou récits que je recueille pour écrire l’oraison biographique du défunt. Ensuite les photos sont importantes, sous forme de cadre posé sur le cercueil ou projection d’un diaporama. Personnellement, je préfère l’usage de photo aux vidéos qui peuvent générer un malaise avec la difficulté d’ « intégrer » psychologiquement la réalité du décès, surtout lorsque des enfants sont présents.

« Nous ne sommes faits que de ceux que nous aimons et de rien d’autre. » Christian Bobin

Au-delà des obsèques, le secret est d’accepter l’absence tout en chérissant les beaux souvenirs avec amour. Car continuer à vivre avec la mémoire de l’autre, c’est se concentrer avec gratitude sur sa présence en soi plutôt que son absence. Cela prend du temps… le temps du deuil.

En cela, je pense que ce que vous proposez avec Une Rose Blanche aide à transmettre ce que le défunt a pu nous donner d’amour à ceux qui sont et aux enfants qui grandiront ou naitrons…

En quoi ce métier a-t-il du sens pour vous ?

Ariane : Robert Schumann a dit « Projeter la lumière dans les profondeurs du cœur humain est la vocation de l’artiste. »

Dans notre culture occidentale, la mort reste un sujet douloureux et tabou. Beaucoup sont interloqués en découvrant mon choix de célébrer des funérailles. Mon histoire personnelle est un chemin de résilience. Parce je comprends intimement le parcours que toute personne confrontée au deuil devra effectuer, je souhaite redonner du sens à la mort. Un deuil devrait se vivre dans l’acceptation : accepter la disparition du défunt et accepter ses émotions (chagrin, désarroi, colère, détresse, sidération …). En cela, un beau rite funéraire créé dans le respect de la personnalité du défunt est selon moi non seulement un au revoir mais aussi un rite d’acception et de lâcher prise.

C’est pourquoi, au-delà de toute religiosité, je suis habitée par le désir de remettre du sens dans les grands passages : certains y voient de la spiritualité, du sacré, une rencontre avec le divin, d’autres appellent cela simplement de l’humanisme ou de la gratitude. Mes chants sont un vecteur d’émotion et de transcendance. Chaque cérémonie est la confirmation que c’est ma mission de vie.

Si vous voulez en savoir plus sur Ariane, vous pouvez la contacter sur son site Internet.

Pour plus de conseils sur l’organisation de la cérémonie laïque, consultez notre article sur l’organisation d’obsèques civiles.

Photo de l’article : Annie Spratt