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Je me rappelle encore de ma rentrée en 6ème. C’était le 5 septembre 1998. La maîtresse voulait qu’on en apprenne un peu plus les uns sur les autres. Elle nous avait à tous demandé de dire le métier de nos parents ; et arrivé au tour de Kévin un malaise s’installa. Il était orphelin. Ses deux parents étaient décédés l’été précédent dans un accident de la route…

Qu’est ce qu’un d’orphelin ? C’est un enfant mineur dont l’un des deux parents (ou les deux) est décédé. En France, selon une étude de l’OCIRP, on compte environ 800 000 orphelins de moins de 25 ans, soit en moyenne un enfant par classe.

En repensant à cette histoire et en cherchant des réponses dans l’étude de l’OCIRP, je tente ici de vous partager quelques conseils pour accompagner un enfant qui fait face au décès tragique de l’un, voire de ses deux parents.

Essayez de comprendre ce que traverse l’enfant

Pour un enfant, le décès d’un parent est un bouleversement familial total

Lorsque l’enfant perd un parent, il continue bien souvent à vivre chez lui avec les autres membres de sa famille. S’il perd ses deux parents, une personne proche de l’enfant est désignée pour devenir son tuteur. Sinon, l’aide Sociale à l’enfance se charge de trouver une famille d’accueil ou un foyer.

Le décès d’un parent, pour un enfant en jeune âge, bouleverse les rôles au sein de la famille : détresse du parent survivant, réorganisation des routines quotidiennes, arrivée de nouvelles personnes dans la sphère intime et disparition d’autres personnes, perte de repères sur la figure d’autorité…

84% des orphelins estiment que le décès a eu un effet sur leurs relations familiales

L’orphelin peut se sentir responsable de sa famille. Le rôle de chef de famille ayant été soudainement bousculé, l’enfant souhaite protéger ses proches d’un potentiel malheur. Il se sent devoir remplacer le proche décédé en endossant certains rôles que ce dernier occupait.

Le décès d’un parent entraîne des changements à l’école

Le retour à l’école est une étape que l’enfant orphelin redoute. Sa crainte la plus fréquente est celle de se sentir jugé et considéré uniquement comme « celui ou celle qui a perdu son père ou sa mère ».

Selon l’étude de l’OCIRP, la plupart des jeunes orphelins souhaitent que leur professeur soit au courant de leur situation. Pour autant, ils ne souhaitent pas que l’information soit donnée à la classe ou du moins, pas sans leur accord.

Heureusement, ce retour à l’école permet aussi à l’enfant de retrouver ses repères, ses amis et ses habitudes. Des préoccupations qui sont plus « de son âge ».

Dans la durée, le décès d’un parent peut avoir un impact sur la réussite scolaire. Celui-ci peut être négatif comme positif :

  • L’enfant peut rencontrer des difficultés lors de l’apprentissage liés aux problèmes de mémorisation, de concentration et d’attention.
  • A l’inverse, certains orphelins se mettent à travailler beaucoup plus, dans l’optique de rendre fier leur parent décédé ou de rendre heureux/ne pas poser d’ennui à leur parent survivant.
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Le décès d’un parent entraîne d’autres impacts plus profonds pour l’enfant

Des impacts sur la santé

 La santé de l’orphelin peut aussi être mise en jeu car il peut ressentir des difficultés à s’endormir le soir. A court-moyen terme mais aussi des années plus tard, il peut être très angoissé, ce qui pourra provoquer par exemple provoquer des maux de tête ou de ventre.

Une modification du rapport aux autres

Après ce bouleversement, le jeune se sent différent de ceux qui ont leurs deux parents. Il peut ressentir de la colère ou avoir l’impression d’être incompris, ce qui peut l’amener à s’isoler et s’exclure du groupe.

55% des élèves orphelins estiment que le décès a eu un effet sur leurs relations amicales

Les comportements sont bien sûr propres à chaque enfant et s’amplifient lorsqu’il s’agit d’un adolescent.

Une dégradation du train de vie

C’est parfois un environnement tout entier qui se chamboule car bien souvent, le décès d’un parent entraîne une diminution des ressources financières de la famille. Cela aura un impact plus ou moins indirect car il peut être à l’origine d’un déménagement mais aussi d’un ralentissement du rythme des sorties et loisirs…

Quel comportement adopter vis-à-vis de l’enfant qui a perdu un parent ?

Pour aller mieux, il est essentiel que l’enfant trouve quelqu’un à qui se confier. Pour aller de l’avant et surmonter le deuil, parler de ce que nous vivons et exprimer ce que nous ressentons est souvent recommandé.

Vous avez tous un rôle à jouer dans la reconstruction de l’enfant. Tout dépend, bien évidemment, de la place que vous occupez dans sa vie.

N’en faites pas trop car souvent les bonnes intentions des adultes peuvent être très stigmatisantes pour l’orphelin.

En tant que parent survivant

Même si le dialogue reste à privilégier, il arrive souvent que l’enfant n’ait pas envie de parler de ce qu’il ressent. C’est un choix qu’il faut comprendre et accepter. Et même s’il ne parle pas, il faut savoir être attentif pour décoder le langage de l’enfant, qui passe souvent par le comportement.

L’enfant a besoin de se sentir pris en charge et protégé. Idéalement, sa routine devrait être sensiblement la même après le décès de son parent. Sa chambre, ses jouets et sa maison sont des éléments de stabilité très rassurants.

Plus que jamais, l’enfant aura besoin qu’on lui démontre qu’il est aimé et surtout pas délaissé.

En tant qu’autre membre de la famille ou proche

Il est possible que vous souhaitiez que l’orphelin sache à quel point son parent était aimé, à quel point il était un « super parent ». Vous pouvez, avec l’appui de tous les proches, rassembler vos plus beaux souvenirs avec le défunt dans un livre que vous donnerez au jeune. Une sorte de portrait auquel il pourra se rattacher en grandissant.

En tant que membre de la famille, vous constituez un repère important pour l’enfant et donc un soutien indéniable. Même si vous êtes à l’écoute, il y a des questions auxquelles vous n’arriverez pas à répondre. Il y a aussi des idées que l’enfant ne souhaite pas confier à des personnes qu’il connait. Pour cela, vous pouvez l’orienter vers un psychologue qui saura l’écouter de manière neutre sur ce qu’il traverse.

En tant qu’ami du jeune

On ne sait pas toujours quoi faire ni comment agir lorsqu’un de nos amis se retrouve orphelin. Voici quelques conseils qui pourraient vous être utiles pour adopter la bonne attitude.

Dès que vous le revoyez, faites lui comprendre que vous êtes au courant de ce qui s’est passé et qu’il peut compter sur vous.

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Il est aussi important que vous vous comportiez normalement pour que votre relation continue d’être ce qu’elle était.

Enfin, évitez de lui reparler du décès de son parent sans qu’il l’ait demandé. Cela l’aidera à se sentir moins différent des autres.

En tant qu’enseignant

Le professeur principal est l’interlocuteur privilégié de l’élève à l’école. Pourtant, les enseignants et l’ensemble des professionnels de l’éducation sont peu, voire pas du tout formés à la question du deuil et de la mort.

En tant que professeur et avec l’accord du représentant légal de l’enfant, vous pouvez orienter l’enfant vers des associations pour parler de ce qu’il vit avec d’autres personnes de son âge qui traversent la même épreuve. Par exemple, vous pouvez vous adresser à l’association Empreintes.

D’autres associations locales proposent notamment des activités créatives car elles sont un excellent moyen de libérer la parole. A travers la peinture, le chant, la sculpture le jeune extériorise ses sentiments. La CAF de votre région pourra peut-être orienter l’enfant vers l’une d’entre elles.

Dans certains cas spécifiques, l’enfant pourra être aussi reconnu Pupille De La Nation

Des ouvrages pour parler du deuil avec l’enfant

Au revoir maman-décès-parent-d-un-enfant

Au Revoir Maman (Dès 4 ans)

« Il y a quelque temps, nous avons dit au revoir à Maman. Je ne sais pas très bien où elle est partie. » Ce livre parle avec une justesse et une finesse rares de la perte d’un parent du point de vue d’un enfant. Cet album, dans un langage sans détours, et avec des illustrations évocatrices, explore les nombreuses émotions qu’un enfant peut éprouver face à la mort : de la colère à la culpabilité et de la tristesse à la confusion. Ce livre souligne également la possible alternance de moments de tristesse et de moments plus positifs (l’enfant fait toujours partie d’une famille, il est entouré de gens qui l’aiment, il a de beaux souvenirs que rien n’effacera).

Samantha a perdu son papa-décès-parent-d-un-enfant

Samantha a perdu son papa (Dès 7/8 ans)

Samantha a perdu son sourire il y a un mois, quand son père est mort. Elle essaie de ne pas pleurer, mais elle s’ennuie beaucoup de son papa. Elle a peur que, si elle laisse couler ses larmes, elle ne pourra jamais s’arrêter. Samantha a aussi l’impression que, si elle s’amuse, les gens vont penser qu’elle n’aimait pas son père. Dans cette touchante histoire, Samantha parvient à accepter ses émotions et se rend compte qu’elle ne peut pas s’en débarrasser en les ignorant. Elle découvre aussi que partager ces émotions avec quelqu’un d’autre est à la fois réconfortant et rassurant. Avec sa mère, elle trouve des façons de garder vivante la mémoire de son père. Finalement, elle comprend que ce dernier aurait voulu qu’elle ait une vie heureuse et bien remplie. Un album pour aider les enfants qui ont perdu leur papa ou leur maman.

Citron, fraise et chocolat- décès-parent-d-un-enfant

Citron, fraise et chocolat (Livre pour adolescents)

Le père de Lucas vient de mourir dans un accident de moto. Pour calmer leur peine, Lucas et sa maman inventent un jeu dont la récompense est un bonbon-baiser. Parmi tous les parfums, le meilleur, le plus réconfortant, c’est celui du chocolat. Lucas apprend à faire le café, au fond duquel, en secret, il distille des formules de réconfort. La magie aidant, deux années passent, la maman réapprend à rire et à chanter. Un autre homme apparaît dans sa vie, que Lucas refuse avec force. Trahison ! Mais non, c’est juste la vie qui continue… Avec douceur, compassion et pudeur, Kochka nous parle des grands chagrins qu’affrontent des enfants jeunes.